un monde autour de Stanley Kubrick

Voici le texte de l'hebdomadaire Télérama,

écrit par Bernard Génin


Mort d'un visionnaire

Le cinéaste Stanley Kubrick est décédé dimanche après-midi à son domicile londonien.

 

On attendait ses films avec impatience. D'abord, parcequ'ils étaient rares, ensuite parce qu'on était sûr, à chaque fois, de découvrir avec lui un monde nouveau. Stanley Kubrick était d'un univers à part où musiques et sons se mêlaient, comme les délires et les angoisses : sa hantise, c'était de voir la machine remplacer les sentiments, la matière prendre le pas sur l'esprit. Stanley Kubrick est mort le 7 mars à soixante-dix ans. Portrait d'un perfectionniste inquiet en 5 citations et 8 mots-clés.

 

"Nous faisons sans doute partie de cette infiniment plus grande et inimaginable intelligence qui doit exister quelque part."

 

" L'homme est le tueur le plus dénué de remords qui ait jamais parcouru la planète."

 

" L'attrait que la violence exerce sur nous révèle, en partie, qu'en notre subconscient nous sommes très peu différents de nos primitifs ancêtres."

 

" Toute personne sérieusement intéressée par la réalisation d'un film doit trouver autant d'argent que possible, aussi vite que possible, se jeter à l'eau et tourner."

 

" Si l'on veut utiliser de la musique symphonique, pourquoi la demander à un compositeur qui, de toute évidence, ne peut pas lutter avec les grands musiciens du passé?"

 

Exigence Dès L'Ultime razzia - chronique d'un hold-up préparé avec la rigueur d'une expédition scientifique -, il affiche une passion de perfection. Toute sa vie, il a rêvé de consacrer un film à Napoléon, l'organisateur suprême, le grand stratège obsédé par la domination du monde.

 

Indépendance Après Lolita, il quitte définitivement Hollywood, s'installe en Angleterre et devient maître absolu de ses films, cumulant à la fois les fonctions de producteur, metteur en scène et co-scénariste. Dès lors, il exerce sur son œuvre un controle quasi totalitaire.

 

Intelligence 2001 : L'odyssée de l'espace évoque l'aventure humaine, des origines à après-demain. A notre civilisation parvenue au point limite de l'absurde, il oppose le mystère d'une intelligence extraterrestre.

 

Démence Dans Shining, un écrivain maniaque se débat dans un labyrinthe mental et finit par taper indéfiniment la même phrase. La déchéance et la folie sont omniprésentes : sous les lambris dorés du XVIIIéme siècle (Barry Lyndon), dans les drugstores techno-punks du Londres de l'an 2000 (Orange mécanique), dans les toilettes immaculées d'une base d'entraînement pour Marines (Full Metal Jacket).

 

Angoisse Un lavage de cerveau transforme un homme en victime privée de défense (Orange mécanique). La folie d'un militaire déclenche une guerre nucléaire (Docteur Folamour). Le déréglement d'un ordinateur provoque l'échec d'une exploration spaciale (2001 : L'odyssée de l'espace) : ses films disent sa panique devant le pouvoir des savants, sa peur d'une faille dans un système programmé.

 

Hantise Qu'il aborde le polar ou le péplum, le film de guerre ou de science-fiction, il refuse de voir la matière prendre le pas sur l'esprit, la machine gouverner l'homme, l'intelligence scientifique remplacer les sentiments. Il sonne l'alarme devant la vie humaine à la merci d'une faillite mécanique.

 

Paradoxes Pour nous forcer à regarder le cauchemar qui nous guette, son génie visionnaire invente de séduisantes formes plastiques. Il concilie les contraires : musique classique et univers baroque ; décor réaliste et parapsychologie. Dans 2001 : L'odyssée de l'espace, la fin de l'humanité est peut être un commencement.

 

Minutie Par souci d'authenticité, il réalise Barry Lyndon en lumières naturelles. Pour tourner une scène éclairée aux bougies, il fait aménager une caméra avec un objectif spécial.

 

Bernard Génin

 


Les hommages

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